Loading Books – Extraits #2

Quand la nuit tombe…

Les rues sont quasi désertes. Je déteste y déambuler à pieds, vulnérable. Personne n’est à l’abri d’un camé à la recherche d’objets à voler pour se fournir ou d’une bande de mecs trop bourrés pour se rappeler leur propre nom. On dit qu’il n’est jamais prudent pour une femme de se promener seule la nuit, mais la vérité c’est que n’importe quel homme baraqué prend un risque dans ce quartier. Femme ou homme, il y a aucune différence lorsque tu te retrouves avec un couteau sous la gorge.

J’ai la chance de ne m’être jamais fait agresser. Parler de chance pour une chose censée être normale laisse un goût amer en bouche, mais j’ai entendu beaucoup trop d’histoires pas très jolies-jolies pour en avoir conscience. Je ne sais pas s’il est normal de mémoriser des actions pour se préserver d’attaques nocturnes comme marcher le long d’un mur, ne jamais prendre la même route ou garder à porter de main des clés pour servir d’arme à poing, mais c’est devenu une habitude qui me reste toujours en tête.


J’avais espoir qu’elle se soit endormie sans se rendre compte de mon absence et pourtant, c’est bien son corps frigorifié que je retrouve sur le perron. Mon cœur se serre en la voyant repliée sur elle-même, serrant sa couverture entre ses maigres doigts. Accroupie devant elle, je secoue son bras pour la réveiller, priant pour qu’elle n’ait pas terminé sa boîte de somnifère. Je n’ai pas la force de la porter jusqu’à son lit. Ses yeux papillonnent. Une fois. Deux fois. Trois fois avant que ses iris se posent sur mon visage. Mon nom s’échappe de ses lèvres dans un murmure alors qu’elle se redresse, désorientée. Je la prends délicatement entre mes bras pour la relever et, ensemble, s’avancer vers le pas de la porte. ⁣

Je lui raconte alors ma journée, ce boulot qui va nous rapporter un peu plus d’argent et combler nos fins de mois. Elle ne dit rien. Elle se contente de me regarder avec un sourire fatigué. Ses doigts passent délicatement sur ma frange, découvrant mon front qu’elle vient baiser avec toute la douceur qu’une mère peut donner. ⁣

— Tu es mon ange tombée du ciel, Athena. Mon espoir d’une vie meilleure, loin de la noirceur dans laquelle on m’a plongé. Ma sauveuse.⁣

Sa voix n’est qu’un murmure alors que ses doigts caressent maintenant ma joue. Ses yeux ont pris cet éclat que je déteste tant. Je le sais, elle est partit dans ces souvenirs qui hantent ses nuits. Malgré son sourire feint, je devine le désespoir qui s’empare de son corps, une fois de plus.

Maman est couchée. Le jour s’apprête à faire son entrée sur Terre et mes yeux sont toujours grands ouverts. Impossible de dormir malgré la fatigue qui habite mon corps. Je suis vidée. Physiquement et peut-être émotionnellement aussi. ⁣

Ma porte est grande ouverte. Juste au cas où… Ma fenêtre également, pour laisser l’air frais purifier ma chambre. Les bruits de civilisation emplissent les murs et même après 24 ans de vie à San Francisco, je reste épatée de voir l’activité incessante qui envahit les rues. Au loin, un bruit de klaxon raisonne. En bas de l’immeuble, un couple de voisin s’embrouille à la vue de tous. Je les regarde, impassible. Ce n’est pas comme s’ils en faisaient une habitude. ⁣

Ma peau est recouverte de frisson. Je devrais enfiler un gilet. Ce n’est pas le moment de tomber malade, surtout pas avec mon système immunitaire à l’image de la sécurité sociale de ce pays. Pauvre. Destructrice. Pourtant je n’en fais rien. Je reste perchée sur le rebord de ma fenêtre à contempler la vie qui se joue devant mes yeux.

Lendemain – here we go again

Un mec tenant à peine sur ses jambes se repère facilement. Pourtant, je suis passée devant lui sans le calculer. Un gars bourré dans un bar n’a rien de surprenant.

Un couple se disputant en public est toujours dérangeant. Parfois, on s’agace de les voir étaler leurs linges sales à la vue de tous. Quelques fois, on se sent mal à l’aise devant leur comportement violent. Trop souvent on détourne les yeux pour ne pas se mêler de ce qui ne nous regarde pas.

A quel moment cela devient notre affaire ? Quand cela nous implique directement ou quand l’un d’eux outrepasse son droit et franchit la limite ? Et où est la limite ? Après la première insulte ou après le premier coup ?

Des clients se bagarrant est toujours emmerdant. Un homme qui lève la main sur une femme qui semble incapable de se défendre est inacceptable. Et il devient difficile de détourner les yeux, l’air de rien.

Je ne me souviens pas de la dernière fois que l’on m’a frappé. Peut-être au collège, lorsque je me suis battue avec Lindsey Porowki. Se battre est un bien grand mot : on s’est contentée de se tirer deux trois cheveux et de donner des coups dans le vent, incapable de viser correctement. Ma mère, quant à elle, n’a jamais levé la main sur moi. Pas que je m’en souvienne en tout cas.

Le coup que je viens de me prendre m’a sonné plus que je veux bien l’admettre. Se battre n’a jamais été mon fort et bien que je voulais défendre quelqu’un, j’aurais mieux fait d’aller chercher de l’aide plutôt que de me jeter dans le tas. L’agresseur a beau être imbibé d’alcool, il sait parfaitement viser, lui. J’entends la femme sangloter et gémir. Je crois qu’elle l’appelle par son prénom, mais je ne suis pas sûre de bien distinguer ses mots. Un bourdonnement résonne dans ma tête et pendant une seconde je crains d’avoir une commotion. C’est bien ce qui se passe quand notre tête se fracasse contre un mur, non ?


Tu n’as pas lu mon article qui explique ce nouveau projet écriture ? Retrouve-le par-ici.

Et si tu ne veux pas attendre dimanche prochain pour avoir la suite, rejoins-moi sur le compte Instagram @loading_books où je poste quotidiennement de nouveaux extraits !


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