Loading Books – Extraits #1

Au commencement…

𝗣𝗢𝗩 𝗔𝘁𝗵𝗲𝗻𝗮⁣

L’avantage de n’avoir aucune ambition dans la vie, c’est de ne jamais être déçue face à ce que cette dernière a à t’offrir. Être une princesse vivant dans un joli château ne m’a jamais attiré. J’ai compris bien assez vite que ces contes pour enfants étaient utopiques. Aujourd’hui je me félicite de cette brillance d’esprit quand je vois que tous les princes de ce monde sont soit trop vieux, soit déjà pris. ⁣⁣⁣
Les désillusions ont bien trop souvent brisées mes rêves d’enfant et je ne pouvais en ajouter une aussi grosse que l’espoir d’un avenir radieux, pleins de poussière de fée et de fins heureuses. Les happy endings existent-ils vraiment ? Je n’ai jamais réussi à le croire. Notre vie se termine avec la mort et je ne vois pas comment le bonheur pourrait y avoir sa place. ⁣⁣⁣
⁣⁣⁣

Manque d’ambition ou premières nécessités, qu’importe comment ça s’appelle, mais ça explique ma présence dans ce bar perdu quelque part dans les rues de San Francisco. Il n’est pas situé dans le quartier le plus sécurisé de la ville, mais son propriétaire s’emploie à garder une bonne image de son établissement et paye plutôt bien ses employés. Puis contrairement à beaucoup d’endroits similaires, il n’exige pas de ses serveuses une tenue affriolante. Je n’ai peut-être pas de hautes attentes pour ma vie, mais je ne pensais pas finir dans un bar pour payer les factures. Mais je suppose qu’il vaut mieux finir de l’autre côté du comptoir plutôt que d’être assise en face, la tête dans l’alcool pour oublier tous les malheurs de la vie. Je ne peux me permettre de finir l’esprit embué par le whisky. A défaut de vivre une belle vie imaginée, je peux continuer d’avancer. ⁣⁣⁣

Boire et danser pour oublier.

Il se trouve que le bar, n’est pas qu’un bar. Non, le couloir au fond de la pièce principale est en réalité un passage qui mène tout droit vers un sous-sol aménagé en piste de danse géante. Qui aurait pu croire que l’établissement était aussi grand ? De l’extérieur, il ne paye pas de mine avec sa façade décrépie et son enseigne lumineuse qui clignote une fois sur deux. Francis, le proprio du bar, m’avait pourtant prévenu, mais mon embauche a été tellement rapide que je n’ai pas réellement pris le temps de visiter avant d’accepter le job. Il avait besoin d’une serveuse en urgence, moi d’un boulot. Pas besoin de réfléchir bien longtemps. ⁣

La pièce est bondée. Les basses font vibrer les murs. Ou bien est-ce seulement dans ma poitrine ? La pièce est plongée dans le noir et seulement les faisceaux de lumières m’empêchent de trébucher sur un client. Je pourrais bien le faire de toute façon, pas sûr qu’ils s’aperçoivent de quoique ce soit vu l’état second dans lequel ils ont l’air d’être tous plongé. C’est ce qui s’appelle profiter de l’instant présent. Ressentir la musique. S’imprégner des notes. Ou alors c’est simplement le résultat d’une ingurgitation d’un maximum d’alcool. Au choix. ⁣

Je me fonds dans la masse, me créant un passage vers le comptoir pour prendre place auprès de ma nouvelle collègue. Pas le temps de me plaindre de mes vêtements qui me collent à la peau à cause de l’humidité ni de ma tête qui tourne à cause de la musique et du manque d’air. Je dois lever la tête et prétendre savoir ce que je fais. Et ne pas perdre le seul boulot correct que j’ai pu trouver en deux mois.

Servir. Nettoyer. Ranger. Encore servir. C’est plus compliqué que ce que je pensais et le rythme commence à peine à redescendre alors que ma montre indique une heure avancée. Je n’ai pas le temps de réfléchir à ce que cela inclut et à ce qui va m’attendre en rentrant à la maison toute à l’heure. J’aurais mieux fait d’appeler avant mon service. Lui parler de ce boulot tombé du ciel qui allait nous dépanner ces prochains mois. Je ne sais pas ce qui m’a prit de foncer tête baissée sans mesurer les conséquences de mon absence cette nuit. Je me suis dis que ce n’était rien qu’une nuit… Que peut-il bien arriver ? ⁣

L’angoisse qui s’installe peu à peu dans le creux de mon estomac répond à cette question. Ma collègue, qui se nomme Katie comme je l’ai appris en cours de route, me refile une caisse remplie de bouteilles vides à placer dans la réserve. Soudain le bruit de la musique revient en force dans ma tête, comme si quelqu’un avait appuyé sur un bouton et que la réalité me revenait brusquement à la figure. Je m’empresse de récupérer la caisse avec un petit sourire d’excuse avant de filer. Le regard agacé de Katie ne m’échappe pas.

Au mauvais endroit, au mauvais moment.

Une mission simple à effectuer, mais qui est sur le point de se compliquer. Le couloir menant à la réserve est censé être désert et pourtant, ce sont bien deux corps entrelacés que j’entrevois dans la pénombre. Du moins, c’est ce que je croyais avant que l’un des corps ne s’écroule contre le mur dans un gémissement plaintif. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche, ni même de bouger. L’inconnu ramasse quelque chose au sol avant de filer sans demander son reste. Je me décale juste à temps pour ne pas me faire bousculer alors qu’il détale en laissant flotter une odeur de transpiration derrière lui. Je ne sais pas pourquoi ce détail en particulier retient mon attention, plus que sa lèvre explosée. ⁣⁣
⁣⁣

Ce n’est qu’une fois hors de mon champ de vision que je me souviens de la présence de l’autre homme. Les notes de la musique étouffée par les murs flotte entre nous, mais ce sont bien les battements de mon cœur qui résonnent dans mes tempes. Il ne dit rien, de contentant de m’observer. Je reste immobile, incapable de réagir. Je ne sais pas ce que j’ai réellement vu, ni qui il est. Seulement les rayons des néons dévoilent son visage et je suis quasiment certaine de l’avoir vu sortir du bureau de mon nouveau boss avant mon service. Il se décide à avancer vers moi. Je retiens ma respiration par pur automatisme, attendant de voir ce qu’il s’apprête à faire. Je suis presque sûre qu’il ne va pas me cogner contre un mur, mais dans le doute, je suis prête à tout lâcher pour décamper à mon tour. Mais il n’en fait rien. Il se contente de me fixer avec un air que je ne saurais décrypter. Je ne sais pas si ce sont des secondes ou même des minutes qui se sont écoulées, mais il finit par se pencher légèrement pour m’ouvrir la porte de la réserve avant de partir à son tour. Que vient-il de se passer ?

Le comptoir est nettoyé, les chaises renversées sur les tables. La caisse est en train d’être recomptée pour la troisième fois et c’est l’inconnu bagarreur qui s’en charge. J’ai beau vaguer à mes occupations, mon regard ne cesse de se tourner vers lui. Chaque fois, ça ne dure que dix secondes, mais c’est assez pour découvrir de nouveaux détails. Cette fois-ci l’éclairage est à son maximum, me laissant tout le loisir de l’observer. Je remarque ses tatouages sombres descendre jusque sur le dessus de ses mains. La deuxième fois que je lui jette un coup d’œil, ce sont ses lèvres pleines et rouges qui attirent mon regard. On dirait qu’il se les est mordues de toutes ses forces. La troisième, je remarque ses sourcils froncés former une ride prononcée, juste au-dessus de son nez. ⁣

Je ferme d’un coup sec le dernier sac-poubelle et je me tourne vers Katie qui vient d’arriver à mes côtés, un plateau de verres propres dans les mains.⁣

— C’est qui ? demandé-je en le désignant de la tête, essayant de garder un air détaché.⁣

A son tour, elle regarde furtivement en sa direction avant de nonchalamment hausser une épaule. ⁣

— Mute. ⁣

Mute ? Est-ce même un vrai prénom ? J’attends qu’elle me donne plus de réponses, mais ça ne vient pas. Jusqu’à ce qu’elle se rende compte de l’incompréhension qui me gagne. ⁣Apparemment s’appeler Muet semble être courant par ici si j’en juge le regard agacé de ma collègue.

— Je ne connais pas son prénom. Personne ne l’a jamais entendu prononcer un mot alors on le surnomme Mute. Ça n’a pas l’air de le déranger.⁣

Et elle repart comme si de rien n’était. Je reste bloquée, un instant, assimilant ce que je viens d’apprendre. Ce gars, apparemment muet et usant de la violence, travaille ici et se fait appeler Mute. Je pivote vers lui, pour la dixième fois de la soirée, sauf qu’au lieu de le voir s’affairer à compter les billets, je tombe sur ses yeux noirs me fixant de l’autre bout de la pièce.

POV Mute

Observer fait partie du job. Je suis devenu bon pour détailler chaque personne pénétrant dans l’enceinte du bar. A deviner quel client est le plus susceptible de provoquer des emmerdes ou quelles personnes à payer un petit extra pour passer un level au-dessus dans l’art de faire la fête à la Francis. Le Bar n’est pas répandu pour son alcool premier prix, et encore moins pour la daube qui est qualifiée de musique par le DJ. Dès que mon attention s’est posée sur la nouvelle recrue, j’ai compris qu’elle faisait partie du mauvais tableau.

Plus grande que la moyenne, elle se tasse sur elle-même, baissant la tête et se repliant dans le creux de ses épaules comme si elle essayait de disparaître. Ses vêtements sont neutres, passe partout, surtout à côté de la majorité des corps colorés et à moitiés dénudée qui passent les portes. Discrète.

Entre deux missions, j’ai entendu Katie lui aboyer des ordres une dizaine de fois. Et je l’ai vu abdiquer à chaque fois, sans manifester de mauvais sentiments à son égard. Presque soumise.

Et dans le couloir… Ses yeux de biches se sont écarquillés face à l’image que je lui offrais. Elle n’a pipé mot, se contentant de me fixer. La manière dont ses joues se mettent à rosir alors que son regard fuit le mien lorsqu’elle se rend compte que je l’ai surprise à m’épier. Innocente.

Une seule pensée me traverse l’esprit. Elle n’a pas sa place par ici.


Tu n’as pas lu mon article qui explique ce nouveau projet écriture ? Retrouve-le par-ici.

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Il y a de ces auteures où chaque nouvelle sortie est attendue avec impatience. C’est le cas avec Maloria Cassis. Depuis Gun Cake, je guette ses nouveaux romans et Sans faute ne fut pas une exception ! Résumé Depuis plusieurs années, Charlène Lacroix tente d’oublier son passé en dévorant des livres, enfermée dans le domaine … Lire la suite Chronique – Sans faute

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